Bretagne, nous revoilà ! Etape 1 : 25 jours pour rejoindre les Açores

Tout a une fin. Ce voyage se termine et c’est le cœur et l’esprit remplis de trésors faits de souvenirs inoubliables et inestimables que nous rentrons dans notre belle Bretagne.

On met les voiles et on y va !

Début mai, juste après avoir été réveillés par une nuée de moustiques, nous quittons Baie Mahaut (au nord de la Guadeloupe dans le grand cul de sac marin) et remontons la passe à Fajou. Nous visons Antigua, une île située à 50 milles au nord. L’équipage est au complet. Mathias est revenu parmi nous partager cette aventure humaine et maritime qu’est la traversée d’un océan. Nous l’avions déjà accueilli pour la traversée Cap Vert – Brésil en mars 2014. Un bon avitaillement a déjà été fait. Nous le compléterons à St Martin avant le grand départ.

Après une belle journée de mer, et juste avant la nuit, nous jetons l’ancre devant Jolly Harbour pour une bonne nuit de repos. Demain, direction Barbuda, situé à environ 30 milles de là.

Chaude navigation entre Antigua et Barbuda mais arrivée magique sur un mouillage presque désert. Nous nous faufilons entre les patates de corail non signalées et jetons notre ancre dans une eau limpide. Ambiance carte postale. Petite île, toute plate au sable blanc où les chevaux sauvages se promènent le soir tranquillement sur la plage et où les tortues viennent pondre quand elles ne nagent pas tout autour du bateau.

Le lendemain, nous visons un autre très joli mouillage, quoiqu’un peu rouleur. Nous y retrouvons nos amis de MeggyII avec grand plaisir.

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Puis il faut repartir, remonter vers le nord, encore et encore. Nous pointons notre étrave vers St Barth et son anse du Colombier que nous avions tant appréciée il y a 10 ans. 60 milles à parcourir. Nous partons tôt et naviguons de conserve avec les MeggyII. Super navigation express où nous barrons tout le temps ! Nous apercevons plusieurs baleines et pêchons un petit thon jaune d’environ 1,5 kg. Déception en arrivant à l’anse Colombier : le mouillage est bondé ! Pas grave, on se positionne entre deux yachts américains et allons quand même nager avec les tortues.

Le lendemain, direction St Martin à une 20e de milles de là.

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Nous sommes poussés par un vent portant généreux et terminons par deux bords de près pour arriver au port de la baie de Marigot. Quel plaisir de retrouver les équipages d’Ovéa, Toléame (un autre Rêve d’Antilles rencontré à Marie-Galante), Surya, Lagom… Bientôt arriveront Speedy, les Galopins, Eole et Capsun… On n’est jamais vraiment seuls aux Antilles !

Il y a 10 ans, nous fêtions les 3 ans d’Awen ici-même. Cette année, nous remettons ça. Peut-être nous retrouverons-nous aussi au même endroit dans 10 ans ? Projet intéressant…

A St Martin, nous fêtons divers anniversaires, visitons, échangeons avec les autres équipages et peaufinons notre avitaillement. Nous serons 5 à bord pour traverser l’Atlantique jusqu’aux Açores, soit environ 2 260 milles à parcourir. Il faut prévoir plus d’un mois de nourriture au cas ou, bien stocker le frais, anticiper pour quand il n’y aura plus de frais, prendre de quoi varier les repas pour éviter l’ennui, etc. Nous devons bien gérer le rangement, faire en sorte que rien ne puisse valdinguer d’un bord à l’autre lorsque le bateau gîtera, s’assurer que la pharmacie est complète… Nous finissons également l’école/collège. C’est bon, le programme est bouclé ! Les enfants ont très bien travaillé cette année. Nous pouvons partir sereins, d’autant plus qu’ils sont inscrits dans leurs établissements scolaires pour la rentrée prochaine. Mes nouveaux postes m’ont également été attribués. On peut mettre les voiles en toute sérénité.

A la prochaine les Antilles !

A midi, le 5 juin, la boule au ventre et après avoir dégusté une bonne pastèque, nous relevons l’ancre et quittons St Martin, salués par Sylvie d’Ovéa. Quand nous reverrons-nous ? Seul l’avenir nous le dira…

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Nous visons tout d’abord l’île d’Anguilla, longue comme une anguille. Nous sommes au près. Nous passons dans le passage de Windward point qui nous permet de bénéficier d’une mer très calme et nous pouvons abattre un peu, rendant l’allure bien plus confortable. Une magnifique plage paradisiaque Scrub bay nous fait de l’œil. Nous quittons les Antilles et ses beaux paysages mais nous n’oublierons pas tout ce qu’ils nous ont apportés… Nostalgie. Mais il faut regarder devant nous car l’avenir est également prometteur et une longue navigation nous attend.

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Mauvaises surprises

En pleine phase d’amarinage, nous nous réveillons le lendemain avec la vision très désagréable du génois déchiré. Vite, nous l’enroulons et hissons le foc. Quand la mer sera plus calme, il faudra réparer pour continuer. Car pas question de faire demi-tour malgré les deux coffres extérieurs plein d’eau et les gilets de sauvetage auto-gonflants HS (la petite bonbonne d’air comprimé est tombée dégageant un trou et rendant obsolètes les engins de survie). Les uns après les autres les problèmes sont résolus : les évacuations des coffres sont débouchés et deux gros gilets de sauvetage sont ressortis de dessous la couchette avant. Brice, Mathias et Awen réparent le génois après l’avoir affalé. Chintouna continue sa route, imperturbable, sa barre tenue par notre régulateur d’allure dénommé Sylvestre. Ouf, nous soufflons. Tout est en ordre, mais nous avons un handicap : le génois ne pourra être utilisé que totalement déroulé. Sinon, il faudra hisser le foc, ceci pour éviter de trop fatiguer la bande anti-uv de notre grand génois de 50 m², qui est une vieille voile désormais.

Voiles en ciseaux.

Voiles en ciseaux.

La routine se met en place

Nous levons le nez et c’est un beau ciel bleu et du beau temps que nous voyons. Les enfants jouent à l’intérieur, notre petit taud est installé dans le cockpit, nous bénéficions ainsi d’un plus grand espace de vie. Comme pour la traversée Cap Vert – Brésil, nous reprenons notre organisation en quarts. Au total, de 20h à 8h nous pouvons nous reposer 8h chacun. Les tâches sont réparties au mieux entre cuisine, ménage et vaisselle. Les repas rythment notre journée. Le matin, chacun mange en fonction de son heure de réveil. Brice et Mathias sont aux céréales vers 6H30 et moi je me lève en même temps que les enfants vers 9h. Le midi, c’est plutôt salades composées au menu et le soir, Mathias nous propose un repas chaud. Lorsque je prépare la pâte à pain, nous en réservons toujours un peu pour cuisiner une pizza. Et nous nous occupons en lisant, parlant, faisant des mots croisés, siestant, lorsqu’il ne faut pas manœuvrer ou veiller. Point de vue navigation, nous avons d’abord fait un peu de nord pour rattraper les vents portants, puis nous avons pris la 1ère à droite… route directe pour les Açores. Sur l’eau, il n’y a pas de route ni de panneau, c’est notre GPS, notre boussole et notre carte qui nous aident à prendre le droit chemin. Tous les jours nous demandons les fichiers grib par mail à un serveur spécifique et nous les recevons sur l’ordinateur de bord grâce à notre téléphone satellite. Sébastien nous envoie son routage via SMS sur l’Iridium et nous donnons notre position et des nouvelles chaque jour par mail à notre famille et nos amis (mail unique relayé par Séb à terre).

Quelques moments de vie

Partageons quelques moments de vie lors de ces 25 jours de mer.

Un jour un fou de bassan nous tourne autour et passe son temps à nous faire dessus… je dois m’y prendre à deux fois pour nettoyer les coussins qui sentent très fort le poisson. Nettoyage à l’eau de mer bien sûr pour économiser l’eau douce !

Les nuits étoilés sont toujours très appréciées, ainsi que tout ce plancton qui scintille dans l’eau lors du passage de notre voilier. J’adore !

Régulièrement, nous changeons notre heure ; le décalage horaire se fait en douceur en bateau car nous avançons en moyenne à 5,5 nœuds (environ 10 km à l’heure).

Le matin, Brice et Mathias font la sieste dans le cockpit, sous le taud et à l’air !

Nous sommes quelquefois obligés de faire du moteur pour se sortir des zones de calmes. Nous ferons au total environ 50 heures.

Nous croisons plus de déchets dans l’eau que de dauphins dans la première partie de navigation.

De temps en temps, nous prenons des douches intégrales à l’eau de mer. Ça rafraîchit et ça permet de se laver tout en économisant de l’eau douce.

Aux environs du 12 juin, l’air nous semble plus frais. Les duvets sont ressortis pour la nuit. Il est clair que nous avons gagné dans le nord et l’est… Il reste encore 1 500 milles, mais nous marchons bien et le moral est au top ! Les enfants s’adaptent formidablement bien et passent leur temps entre les jeux, la lecture et les scoubidous.

Après 9 jours de mer, il nous reste 2 choux, 3 concombres, 3 pommes et 1 orange. Après nous passerons aux boîtes, aux jus de fruits, aux vitamines et à la levure de bière. Heureusement il nous reste plein d’oignons et nous pensons en avoir jusqu’au bout !

Le 17 juin, nous croisons une grande perche d’un mètre cinquante. Cela arrivera plusieurs fois les jours suivants, certainement des installations scientifiques.

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Et puis c’est le début du défilé des méduses à voile, les fameuses Physalis.

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Extrait du journal de bord de Brice : « Dimanche 19 juin 2016. Fête des Pères. 2H29. Pos : 33°N55′ et 44°W07′. Vit : 4,8 nds. Rte : 45/50°. Baro.:1029,5. La houle est toujours présente et vient presque de l’ouest. La mer est peu agitée et le vent toujours au 210°, 3B (Beaufort). L’eau de mer est à 22°C. Voilà deux semaines que nous avons quitté St Martin. J’ai l’impression que cela fait un mois… Le temps s’écoule doucement, un jour pousse un autre et ainsi de suite. Le temps a vraiment une autre dimension, ici, au milieu de l’Océan. Pas vu encore de mammifère marin. Par contre, les puffins et les pétrels sont présents de temps à autre ».

Le soir même Mathias aperçoit nos premiers dauphins! Enfin ! Ensuite et jusqu’à notre arrivée, nous n’arrêterons pas d’en voir et d’en croiser.

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Nous remplissons un journal de bord plusieurs fois par jour et faisons le point sur la carte papier tous les matins à la même heure pour observer notre avancée.

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Le mur de vent

A 700 milles des Açores, un mur de vent se dresse devant nous. L’anticyclone nous fait des misères et nous oblige à faire du près, c’est à dire à louvoyer sans cesse nous empêchant d’avancer normalement sur la route directe. Alors que nous parcourons plus de 100 milles en 24h, nos points quotidiens nous indiquent que nous n’avançons que de 40 à 60 milles en route directe. Mon moral tombe en flèche pendant 24H puis je me réadapte à cette nouvelle situation et réapprend la patience puissance 10 ! Nous ne savons plus à quelle date nous allons arriver, ni combien de temps durera cette traversée… Pourtant l’équipage tient le choc malgré ces incertitudes et le vent de NE qui nous apporte beaucoup de fraîcheur. Le ciel est chargé, les couleurs sont parties… La fatigue s’installe au fil des jours qui passent. Heureusement que nos amis les dauphins viennent régulièrement faire des pirouettes autour du bateau !

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Les Açores en vue

Le 28 juin, nous sommes tout près de l’île de Florès. Enfin ! Vu les prévisions météorologiques, nous décidons de ne pas nous arrêter et de viser l’île de Faïal et sa ville de haute renommée chez les marins : Horta. Si nous stoppons à Florès, magnifique île nous le savons, nous serons bloqués plusieurs jours car le vent repasse au NE. Or nous devons récupérer Séb à Horta et préparer notre prochaine traversée dans les meilleurs délais et c’est à Horta que cela est le plus propice.

Joyeux anniversaire Arthur

Le lendemain, nous fêtons les 9 ans d’Arthur autour d’un dessert cuisiné avec ce qu’il nous reste. Nous coupons des bouts d’ananas en boîte, faisons fondre du chocolat avec du beurre, enrobons l’ananas avec ce chocolat et laissons refroidir… Pour faire joli, nous décorons le tout avec de la coco râpée. Impeccable pour planter les bougies et parfait pour le moral ! Hummmmm…..

Et pour couronner le tout, nous apercevons au loin Florès et Corvo et croisons des bateaux de pêche.

La civilisation n'est plus très loin.

La civilisation n’est plus très loin.

Nous saluons la belle Florès et continuons notre route malgré des picotements dans les jambes… 23 jours qu’on n’a pas touché terre quand même !

Le 30 juin, nous apercevons notre première baleine depuis le départ. Puis c’est un vrai spectacle digne d’un Marineland naturel qui s’offre à nous. Notre arrivée à Horta est prévue vers minuit UTC.

Le vent de face, dans le froid et la pluie, nous tirons nos derniers bords pour rejoindre l’abri du port. 1er juillet, il est 2h heure locale (UTC+2H), nous nous amarrons à couple d’un voilier le long du quai. Drôle d’impression quand le bateau s’arrête. Ça y est, on ne bouge plus ! Nous descendons à terre, tels des cosmonautes arrivés d’une autre planète. Pas possible d’aller se coucher déjà. Nous faisons le tour du port, remarquons les bateaux des copains arrivés avant nous et savourons la sensation d’avoir accompli une belle aventure humaine et maritime qui aura duré 25 jours.

Vers 4h du matin, de retour au bateau, nos voisins nous expliquent qu’ils quittent le port vers 6h du matin. Nous décidons de changer de place et d’avancer pour nous positionner à côté de nos amis bretons du voilier SPIP, si souvent rencontrés pendant cette aventure et ce, depuis le Brésil… Quelle surprise ce sera pour eux demain matin ! Heureux, nous fermons les yeux. Demain sera un autre jour, un jour de terrien. Et il faudra déjà penser à la traversée suivante de plus de 1 000 milles qui nous emmènera vers la Bretagne. Mais ça, c’est une autre histoire…

L'équipage au complet.

L’équipage au complet.

En transit, en transat

Bonjour

Peu de nouvelles ces temps ci. Occupés à rentrer à la maison.

Nous avons quitté les Antilles, rejoint les Açores en 25 jours et nous voilà prêts à viser Lorient après une courte escale sur la jolie île de Faial.

On racontera tout ça après la dernière ligne droite : une dizaine de jours de mer.

Bon vent aux marins et aux terriens et à bientôt !

L’équipage de Chintouna sur le départ